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Hippy

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les enfants de '68...


Summerhill

Publié par hippy sur 27 Août 2010, 12:03pm

Catégories : #Alternatives educatives

  ALTERNATIVES EDUCATIVES

des écoles différentes



 SUMMERHILL SCHOOL
"école" (?) summerhill

SUMMERHILL SCHOOL
 
AIE-Possible

Beaucoup de gens pensaient qu'après la mort de A.S. Neill en 1973, Summerhill disparaîtrait avec lui. Ce ne fut pas le cas. Summerhill existe toujours aujourd'hui, organisme social autogéré, indépendamment de l'homme dont la personnalité fut si intimement liée à sa conception.
     Neill écrivait déjà : "On me demande souvent si Summerhill n'est pas le fait d'un seul homme, et si cela me survivra. Summerhill n'est pas du tout cela. Ce qui a fait de l'école ce qu'elle est, c'est la notion de non-interférence avec le développement del'enfant, et d'absence de pression sur lui".

L'épine dorsale de Summerhill :
"self-government".

 Summerhill est une communauté de 75 enfants environ, de 5 à 16 ans, et d'une douzaine d'adultes, sans compter le personnel de service. La plupart sont internes. L'année scolaire se divise en trois trimestres de dix à douze semaines. L'enseignement structure la communauté, mais ce n'est pas l'essentiel. Nous consacrons le plus gros de notre temps et de notre énergie à la gestion de la vie quotidienne dans tous ses aspects.

 Comme "house parent", je suis responsable de la santé et du bien-être des enfants dont j'ai la charge, mais je n'ai pas autorité sur eux, juste les mêmes droits que tout un chacun. Ce qui me permet de vivre parmi les enfants sans avoir à faire la police, ce dont je me passe avec joie. Ce qui me permet aussi des rapports plus créatifs, comme ami, soignant, confident, et surtout égal.

 Les lois avec lesquelles nous vivons ne sont pas uniformes, mais couvrent un large spectre de besoins et de nuances. Par exemple, les différents groupes d'âge ont des heures de coucher différentes, et l'équipe n'en a pas. Ces différences ne sont pas imposées par une haute autorité, mais votées par la communauté dans son ensemble. Elles reposent uniquement sur des considérations pratiques et restent constamment ouvertes au changement.

 Le "self-government" est l'épine dorsale de Summerhill. Ceux dont l'image de Summerhill se réduit à un Neill, doux vieillard débitant des gentillesses et de sages conseils, se trompent. Dans son livre "Pour ou contre Summerhill", Bruno Bettelheim écrivait de lui :"Il ne réalise pas que si Summerhill fonctionne bien, ce n'est pas grâce à une méthode d'éducation qui serait la bonne, mais parce que ce n'est rien d'autre que le prolongement de sa personnalité".
 Bettelheim place sa confiance dans Neill au lieu de la placer dans l'enfant, auquel  Neill, lui, fait confiance. L'essentiel des principes de Neill est négligé et remplacé par un scénario sentimental rendant sa personnalité plus importante que son message.

 Summerhill continue aujourd'hui plus de vingt ans après sa mort, non pas comme un hologramme figé de la personnalité de son fondateur, mais comme une communauté toujours vivante. L'influence de Neill est toujours là, mais la vie de l'école n'est pas le fait d'un quelconque individu. Ce sont les enfants qui l'assurent avec leur appétit de vivre, une équipe qui n'est pas constamment en train d'interférer ou d'organiser, et la pratique du "self-government".

 Cette autogestion n'est pas une demie concession, c'est un style de vie qui fonctionne grâce à des réunions régulières facilitant les expériences, les changements, et évitant l'immobilisme. Une mobilité, un développement permanents, non pas suscités par une bureaucratie anonyme, mais par l'observation, l'interaction de chacun, la discussion et la diplomatie. Beaucoup de points de vue sont exprimés. Chacun exerce son droit à influencer directement la communauté dans laquelle il vit. Tout peut être remis en question.

SUMMERHILL SCHOOL
                                                                                                                                  © AIE-Possible

Nos véritables règles.
 Il existe deux réunions hebdomadaires : le "tribunal" le vendredi après-midi, et l'assemblée générale du samedi soir. La présence n'est pas obligatoire, mais la plupart y participent régulièrement. Chacun dispose d'une voix, y compris les plus jeunes. Le président est élu pour la semaine, afin d'éviter les dangers d'un poste permanent. Il a un certain nombre de pouvoirs, qu'il s'agisse de contrôler les sanctions, d'écourter une activité qui s'enlise, ou terminer une réunion qui devient trop confuse (ce que je n'ai vu qu'une fois).

Ces pouvoirs, comme tout autre ici, sont délégués par l'assemblée. Une autre source de pouvoir et de responsabilité est le titre de "Beddie Officer" (responsable du coucher). Plusieurs sont élus chaque trimestre pour faire respecter les horaires votés. Ils ont la possibilité de punir : par exemple, privation de pudding ou amende de 25 p. pour trop de chahut après le couvre-feu.
Les horaires du coucher sont toujours sources de grands débats !

 Nos véritables règles sont celles que nous établissons. Les lois que nous transgressons sont celles que nous avons établies.
 Les infractions à la loi et les conflits individuels sont examinés au Tribunal.
L'atmosphère de ces réunions a quelque chose d'un conseil de tribu. Chacun écoute attentivement les litiges, donne son point de vue, et fait des propositions pour résoudre une situation ou clore une activité.
 Exemple : Tom a pris le pistolet à eau de Rupert et refuse de lui rendre. Celui-ci l'avertit que s'il ne lui rend pas, il demandera au Tribunal de statuer. Il y a de fortes chances pour que le pistolet soit rendu. Sinon, cela se réglera au Tribunal. Chacun donnera sa version des faits. Si quelqu'un a une suggestion, il lève la main : ce peut être pour demander un détail, proposer un arrangement, ou une sanction. Le Président récapitule le tout, et on vote. La décision finale est annoncée. L'affaire est close, et on passe à la suivante.
D'autres affaires constituent une infraction aux règles communautaires. Par exemple, Linda est rentrée de la ville à la nuit tombée. Elle peut présenter une explication, puis chacun ayant quelque chose à dire peut le faire, puis on en vient aux propositions. Ce peut être un ferme avertissement, une amende, une corvée d'une demie-heure, ou une privation de sortie en ville pendant deux jours.
 La communauté penche souvent pour l'indulgence. Après tout, il arrive à la plupart d'entre nous de commettre une infraction ou une autre...

Ni moraliste, ni psychologiste.

 Généralement, lorsque des enfants et des adultes vivent ensemble, tous les pouvoirs sont entre les mains des adultes, qui oublient aussitôt comment un enfant perçoit le monde.
 Une nuit d'été, je fus réveillé par des voix dans la chambre voisine. J'y allai, énervé et les yeux mi-clos, pour découvrir les enfants habillés préparant une escapade. "Si vous avez l'intention de sortir, leur dis-je, pouvez-vous le faire un peu plus discrètement ?". Ils s'excusèrent et descendirent les escaliers sans bruit. Je pouvais, bien sûr, les citer au prochain Tribunal, mais maintenant qu'ils étaient calmes, je ne voulais pas en faire une histoire. Je retournai me coucher sans parvenir à m'endormir. Au bout d'un moment, plutôt que de rester là à m'inquièter, je décidai d'aller voir ce qu'ils fabriquaient.

 C'était une belle nuit, bien éclairée par la lune, et je retrouvai la petite bande de nomades noctambules près du gros hêtre en face de l'école (connu sous le nom de"Big Beech", c'est un célèbre symbole de Summerhill. Des générations de Summerhilliens ont joué à Tarzan du haut de ses branches, sous l'oeil de nombreux photographes).
 Caché dans les buissons, je fis quelques bruits inquiétants, suscitant en écho des chuchotements nerveux et des bruits de pas hésitants. Je bondis, et fus entouré d'enfants très heureux que je me joigne à eux, et que ce ne soit pas une horrible bête ayant élu domicile dans le bois. Pendant une heure, je me promenai avec eux, explorant les ombres projetées dans la nuit, si différentes des dimensions en plein jour, et chargées de la sensation de l'interdit.

 Le lendemain, je fus cité au Tribunal par l'une des filles les plus âgées pour être sorti avec un groupe d'enfants après l'extinction des feux. Vous ne pouvez garder aucun secret, ici ! Les enfants furent privés de pudding et de la veillée hebdomadaire (les vendredi et samedi, on peut se coucher plus tard, si l'on n'a pas enfreint les règles dans la semaine).
Comme je n'avais pas d'heure de coucher, je fus privé de pudding. Et la prochaine fois où je monterai sur mes grands chevaux à propos d'une faute commise par un enfant, je me souviendrai de ce qu'on ressent lorsqu'on est de l'autre côté de la barrière.

SUMMERHILL SCHOOL

     Dans son livre "Quand je serai petit", publié en 1926, l'éducateur polonais Janus Korczak écrivait :"Vous faites erreur si vous pensez devoir vous abaisser pour communiquer avec des enfants. Au contraire, pour atteindre leurs sentiments, nous devons nous élever sur la pointe des doigts de pieds".
 Pour cette véritable raison, le "self-government" fonctionne bien mieux qu'un environnement contrôlé par l'adulte, parce que les enfants comprennent les dimensions émotionnelles de leurs actes beaucoup mieux que les adultes.
 L'ambiance du "tribunal" n'est ni moraliste ni psychologiste. On ne tente pas de dépasser le sujet, mais seulement de le traiter simplement. Une conduite asociale est acceptée, c'est-à-dire tolérable, mais sans laxisme. Je veux dire qu'à Summerhill, nous voyons la vie franchement et simplement, et nous reconnaissons que presque tout le monde a, à un moment ou un autre, cassé quelque chose, perdu son calme, envahi l'espace d'autrui, ou l'a dérangé par sa conduite. Aussi, quand je dis que nous acceptons le comportement asocial, cela signifie que nous ne le dramatisons pas, mais le ramenons à des solutions pratiques.

L'efficacité de la communauté.

 Mais comment, devez-vous vous demander, si vous ne faites pas la morale, l'enfant apprendra-t-il le bien et le mal ?
 Le Bien et le Mal sont simplement des définitions artificielles par lesquelles nous affirmons nos propres manières de voir le monde, qui  apparaît tout-à-fait différent à un autre. Qui suis-je pour dire que ma conception du monde est supérieure à celle d'autrui ?
Qui sait quelle nébuleuse de cauchemars peut projeter quelqu'un dans un réveil sinistre?
Qui peut comprendre les anxiétés d'un autre, ses peurs, sa solitude ?
 Chacun de nous porte ses propres cicatrices, ses blessures avec lesquelles il essaie de composer. Je peux seulement défendre mon droit d'avoir mon propre point de vue, et qu'il ne soit pas occulté par la réalité d'un autre. C'est le droit de tout être vivant, ce n'est pas une affaire de taille ou de pouvoir.

 Comment, devez-vous aussi vous demander, espérer que les enfants se comprennent si vous n'êtes pas psychologues avec eux ?
 Les enfants se connaissent beaucoup plus facilement si leur esprit n'est pas encombré par les idées qu'ont les adultes sur eux. A la base de tout geste asocial ou désespéré, il y a une naturelle tentative de contact, d'affirmation de la vie, qui a été entravée. Plus nous nous concentrons sur le symptôme, plus nous le réduisons. Quand nous commencons à accepter une personne comme un tout, elle peut commencer à s'accepter elle-même. C'est alors que ses défenses commencent à fondre, et que son profond élan vital peut se développer dans tous les aspects de sa vie. La psychologie a sa place dans le monde, mais l'acceptation de soi-même et son self-contrôle sont déjà thérapeutiques.

 Il est toutefois important de distinguer l'acceptation de trop d'indulgence, et c'est là que l'approche pratique, terre à terre, des problèmes est la plus efficace. Il est reproché par exemple, à Joe d'avoir volé au café ("Orange Peel"), et d'avoir essayé d'acheter l'amitié des autres en distribuant gratis chocolat et friandises. Ceux qui ont investi beaucoup de travail dans le café sont furieux parce qu'ils essaient de gagner de l'argent pour acheter des B.D. et des jeux pour rendre ce lieu plus agréable. A la réunion, beaucoup de choses se disent ouvertement. Joe est puni et devra faire une étagère en bois pour le café et assurer son nettoyage les trois prochains jours d'ouverture. On ne parle pas longtemps de ses motifs. Ses problèmes personnels ne sont pas étalés à la réunion. A la sortie, personne ne lui est hostile, l'atmosphère a été assainie. Il a réalisé, peut-être juste entrevu, qu'on l'accepte comme il est, qu'il n'est pas nécessaire de chercher à frimer, que l'amitié ne s'achète pas,mais vient  d'elle-même. Il le comprend, parce qu'il a été interpellé, mais pas rejeté.
L'efficacité de la communauté est dans son attitude, pas dans d'interminables discussions et analyses.

 De même, s'il n'y a pas de moralisme ni d'autoritarisme, il n'y a pas non plus de ressentiment de la personne jugée. Le conflit est rationnel, et non pas basé sur une lutte de pouvoir; la réponse est donc rationnelle.
 Faire du skate à l'intérieur est interdit; pourtant dans la chambre voisine de la mienne, les enfants en font et le bruit me dérange. Après plusieurs observations, j'en parle à la réunion. Punition : 25 p. d'amende. A la sortie, nous sommes aussi amis qu'avant.
L'affaire est close, sans ressentiment. Vous verrez souvent deux enfants jouer ensemble à la fin d'une réunion au cours de laquelle l'un a été puni suite à la plainte de l'autre. Du fait qu'ils ont pu déballer leurs problèmes à leur façon sans avoir à en référer au grand bastion de l'autorité adulte, aucun n'a le sentiment d'avoir été accablé, le conflit n'a pas été mêlé à des luttes de pouvoir masquant le simple fait.

 Certains nouveaux arrivants ont naturellement quelque difficulté à parler en réunion : ils peuvent alors être aidés par quelqu'un ou demander à un médiateur de défendre leur cause. Les "ombudsmen", généralement des enfants plus âgés, sont élus en début de trimestre. Trois d'entre eux sont disponibles chaque semaine pour arbitrer les petites disputes ou régler une affaire qui ne peut attendre la fin de la semaine.
 Exemple : David ne veut pas sortir de la chambre de Janet. Elle appelle l'ombudsman pour faire respecter son droit. La plupart des cas sont résolus sur le champ, sinon ils sont traités le vendredi. Les médiateurs n'ont pas le droit de fixer une sanction, mais ils peuvent confisquer l'objet du litige, en cas de danger, par exemple.

Le self-government, c'est comme ça.

 Au début de l'A.G. du samedi, il y a toujours la liste des décisions de la semaine. A la fin, il peut y avoir des "appels" concernant une sanction prise la veille au tribunal. Très souvent, la punition est réduite ou supprimée, parce qu'il y a rarement appel si quelqu'un ne pense pas réellement qu'une sanction soit injuste ou excessive. Il peut arriver que sur le moment, un cas ait été dramatisé et qu'il y ait eu un excès de zèle : le lendemain, l'atmosphère est meilleure, et on voit les choses plus calmement.

 La principale fonction de l'A.G. est d'élaborer les lois régissant notre vie et de supprimer celles qui ne conviennent plus, ou de les amender pour qu'elles correspondent mieux aux besoins de la communauté à un moment donné. C'est un processus de renouvellement permanent.
 A chaque séance du vendredi ou du samedi, chacun peut s'inscrire pour signaler un litige ou contester la validité d'une loi, proposer qu'elle soit supprimée, remplacée par une autre plus efficace, ou en proposer une nouvelle pour couvrir un domaine nécessitant une meilleure définition. On propose, on discute, et on vote. Cela devient une nouvelle loi, jusqu'au jour où quelqu'un proposera d'en rediscuter. Ainsi les lois de l'école sont-elles en constante évolution, reflètant les courants de la communauté à une certaine époque.
 Parfois, des litiges traînent en longueur; ils paraissent ennuyeux ou pas selon l'investissement émotionnel de chacun. Au dernier trimestre, il y avait beaucoup de bruit à l'étage après l'heure du coucher. Quelqu'un proposa de retarder cette heure ... ce qui me contraria beaucoup, car à ce moment-là, après une longue journée, je passe une bonne demie heure à distribuer un chocolat chaud, quelques soins, et répondre aux besoins de dernière minute des enfants. Ensuite, je dois encore m'aérer une bonne heure avant d'aller au lit moi-même. La perspective d'un coucher plus tardif me fit argumenter désespérément contre cette proposition. Le débat continuait pour les âges, mais comme le sujet était d'une grande importance pour moi, le temps me parut très court. Par contre, lorsqu'il s'agit ensuite de l'usage du skate au rez-de-chaussée, je ne me sentais pas concerné, et il me sembla que cela s'éternisait !
 Le "self-government", c'est comme ça. Il est aussi à noter que beaucoup d'enfants qui auraient pu se coucher plus tard si la loi était passée, prirent en compte ma position et votèrent contre.
 
 

Plus d'un juge ou d'un homme politique auraient beaucoup à apprendre d'une réunion à Summerhill.

 Toutes les lois passent par l'A.G., sauf celles concernant la santé et la sécurité, ou d'autres relevant impérativement de la loi du pays. Les décisions pour la répartition dans les chambres sont du ressort de l'équipe, pour éviter les ségrégations. C'est elle qui décide également de l'admission d'un nouvel enfant dans l'école, ou si nécessaire - mais heureusement, c'est très rare - d'une exclusion. L'accès à toutes les informations, sur la famille ou tel détail important que l'on ne désire pas exposer publiquement, fait toute la différence dans une décision de cet ordre. L'expérience adulte et sa vue d'ensemble peuvent prévaloir sur les intérêts immédiats de la communauté; mais cela n'est pas toujours vrai : les sentiments de la communauté dans son ensemble ont une profonde importance.
 L'A.G. peut décider de renvoyer quelqu'un chez lui avant la fin du trimestre ou suggérer à l'équipe un renvoi définitif, mais c'est très rare. Le recrutement d'un enseignant est également du ressort de l'équipe, le C.V. pour le poste à pourvoir pouvant être difficilement apprécié par la communauté. Cependant, lorsque le candidat visite l'école, les opinions des enfants sont prioritairement prises en compte. Le droit de l'équipe auxchoix final vient du fait qu'elle est en dernier ressort responsable, et devra répondre à toute critique extérieure.

 Le "self-government" est un courant puissant qui guide notre vie à Summerhill, et donne à la communauté sa force et sa substance. Les A.G. ne sont pas des détails supervisés par des adultes bienveillants, mais quelque chose de dynamique, d'animé, qui place le pouvoir de notre vie quotidienne réellement entre les mains de la communauté toute entière.
 Un membre de l'équipe proposa un jour de supprimer toutes les T.V. sauf celle du salon. Ce fut une des rares occasions où l'on vit  toute l'équipe (en général aussi divisée sur un vote que les enfants), voter dans le même sens, mais la majorité des enfants était contre. Ce fut donc rejeté. Les enfants n'ont pas à "respecter" les adultes à Summerhill; nous sommes leurs égaux. Ils ont leurs propres opinions. Ils sont plus à même de décider comment ils doivent façonner leur vie. Par le self-government, nous apprenons en permanence à nous écouter réciproquement, et cela s'applique aussi bien aux adultes qu'aux enfants.

 Plus d'un juge ou d'un homme politique auraient beaucoup à apprendre d'une réunion à Summerhill. Quand j'écoute le Parlement à la radio, je suis stupéfait par la tenue et le niveau de respect de nos réunions en comparaison.
 Neill reconnaissait aux enfants la capacité à déterminer le cours de leur propre vie.
 Il voyait son rôle comme celui d'un porte-parole des enfants, le monde adulte ne les écoutant pas.
 L'origine de problèmes n'est pas dans l'enfant, il est dans l'attitude des adultes à leur égard. Il peut y avoir eu beaucoup de changements depuis l'époque où Neill dirigeait l'école, mais le scénario est fondamentalement le même. Les enfants sont toujours privés du respect et du soutien qui leur est dû comme êtres vivants. Un mélange confus d'autoritarisme, de corruption, et de séduction, maintient toujours les jeunes sous la tutelle du monde adulte, un monde qui a perdu le contact avec son élan vital.
 Réduire les perspectives de Neill aux dimensions de sa personnalité revient à confondre l'essentiel et l'accessoire.

 Summerhill continue aujourd'hui, non pas dans l'ombre d'un seul homme, mais grâce à son propre système de self-government qui ne permet pas à l'adulte d'avoir un pouvoir sur l'enfant, mais nous donne la liberté de vivre côte à côte.

Matthew Appleton,
(ancien) house-parent à Summerhill.
(Traduit par Roger Auffrand pour POSSIBLE la Circule Air)

 

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