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les enfants de '68...


Auroville

Publié par hippy sur 20 Mai 2010, 20:05pm

Catégories : #Zones Hippys

Auroville


trente ans d’utopie au quotidien

GuestHouseAuroville.jpgL'expérience d'Auroville échappe aux modèles et aux normes. Fondée en février 1968, cette cité est le fruit de la rencontre d’un philosophe indien, Sri Aurobindo, et d’une française, Mirra Alfassa, surnommée la Mère. Auroville se veut le creuset de "l'unité humaine" réalisée grâce à la fusion du spirituel et du physique. Depuis trente ans, les Aurovilliens tentent de concrétiser ce rêve. Ils sont aujourd'hui un millier, venus de 28 pays différents, qui continuent à y croire dans la chaleur moite du Tamil Nadu, la province du sud-est de l'Inde qui borde le Golfe du Bengale.

La ville invisible

Noyée dans la forêt tropicale indienne, à 12 km au nord de Pondichéry, Auroville a des allures de cité fantôme. Invisible et mystérieuse, elle échappe aux modèles. Ni secte, ni religion, ni véritable laboratoire, la cité apparait comme une expérience spirituelle et sociale hors du commun. Depuis trente ans, ses habitants vivent cette utopie au quotidien. Un rêve qui vire souvent au cauchemar peuplé de conflits internes, de débats interminables et de multiples contradictions et paradoxes. Auroville est le fruit de la rencontre d’un philosophe indien, Aurobindo Goshe (1872-1950), appelé Sri Aurobindo, et d’une française de père turc et de mère égyptienne, Mirra Alfassa (1878-1973). Cette dernière, surnommée la Mère, écrivait en 1968 : « Le but d’Auroville est de réaliser l’unité humaine ». La liberté absolue, l’absence de loi, de règles et de propriété privée ainsi que la fraternité universelle font partie des principes fondateurs de la cité qui, selon la Mère, devrait compter, à terme, 50.000 habitants.
Aujourd’hui, la ville n’existe pas. L’unité non plus. Pourtant, les quelque 1.100 aurovilliens, dont 780 adultes et 280 enfants résidants effectifs, continuent à se battre dans la fournaise moîte du Tamil Nadu, la région du sud-est de l’Inde qui borde le golfe du Bengale, contre les lourdeurs de l’administration indienne et leurs propres errances. Ils construisent, imaginent, tatonnent, expérimentent...
Chacun est venu ici pour des raisons différentes, avec son histoire et ses racines. Tous partagent pourtant la même foi. « On ne vit pas à Auroville pour y mener une vie confortable mais pour développer sa conscience et pour servir le Divin », avait prévenu la Mère. D'où une spiritualité qui tranche avec les tours de magie, guérisons miraculeuses et autres annonces de l’apocalypse de Saï Baba, le guru qui a deffrayé la chronique au mois d’août en faisant disparaître des adeptes lillois et bordelais pendant leur pélérinage dans le Maharashtra, non loin de Bengalore.



Travail intérieur
 

Jusqu’à présent, Auroville s’est développée sous la forme d’un ensemble de lieux dits dispersés sur son territoire et portant des noms évocateurs : Promesse, Aspiration, Douceur, Certidude, Vérité, Fraternity, Discipline, New Creation, Last School... Les plans de la ville ont été conçus par l’architecte français Roger Anger entre 1968 et 1972 sous la direction de la Mère. La maquette représente une galaxie sous forme de spirale qui se developpe autour du Matrimandir, l’édifice central symbolisant l’âme de la cité. Quatre zones (internationale, culturelle, industrielle et résidentielle) sont délimitées par une ceinture verte écologique réservée à la forêt et aux fermes. Gilles Guigan habite Auroville depuis 18 ans. Il dirige les travaux du centre de recherche scientifique (CSR) sur l’énergie solaire, le biogaz, les nouveaux matériaux de construction (ferrociment, terre compressée).
Parisien, ingénieur de l’institut fédéral de technologie de Zürich, il est venu en Inde pour la première fois en 1973, pour « relativiser [sa] culture ». Il n’avait jamais entendu parler d’Auroville ni de Sri Aurobindo. « Je suis tout de suite tombé amoureux de cet endroit sans le savoir », explique-t-il. Suit une « énorme bataille intérieure ». Gilles Guigan craint le « piège à cons » du changement de la nature humaine, flaire la secte et estime le pays trop pauvre pour mener l’expérience. Après des années de doute, il appréhende les « différents étages de l’être ». Son « vital » voulait rester en France, son « mental » ne croyait pas du tout à Auroville tandis que son « psychique », où ce qu’il nomme l’âme, «voulait absolument vivre là¯bas et ne s’intéressait à rien d’autre ». La volonté d’harmoniser ces trois dimensions engendre de véritables fièvres. « Il faut suivre la composante qui peut rendre heureux », finit-il par admettre. En 1977, il s’installe à Auroville pour construire « cette ville du futur ». Mais il n’est pas prêt et revient à Paris au bout de quatre mois. En 1980, la seconde tentative sera la bonne. « Je suis revenu en sachant que la contruction d’Auroville est un travail intérieur, une sorte d’héroïsme qui consiste à se changer soi-même, à chaque instant ».


Evolution accélérée 

Quelques mois avant que les soixante-huitards ne tentent de changer la vie en transformant la société, la Mère opte pour une voie inverse. « Il faut passer à une espèce supérieure. Les hommes sont des êtres de transition », écrit-elle dans son « carnet de laboratoire » en décembre 1950, juste après la mort de Sri Aurobindo. Elle a soixante douze ans. En 1952, elle précise : « La vraie solution est la création d’un type nouveau qui sera à l’homme ce que l’homme est à l’animal».
L’inauguration d’Auroville a lieu le 28 février 1968. Environ 5.000 personnes représentant 121 pays et 23 états indiens déposent un poignée de leur terre natale dans une urne installée au centre de la ville. La Mère, qui vient d’avoir 90 ans, lit la charte d’Auroville qui est diffusée sur la radio nationale indienne. Peu après, elle écrit voir dans cette expérience « quelque chose qui va comme une marée, certainement très lentement pour les consciences humaines, mais très implacable pour les résistances, et si souverainement sûr de sa victoire ». Pour elle, la ville de l’aurore doit servir de « centre d’évolution accélérée ».
Pourtant, l’histoire de la cité débute par un grave affrontement avec la structure qui avait présidé à sa naissance. Peu de temps après la mort de la Mère, les relations avec la Sri Aurobindo Society (SAS), issue de l'ashram créée autour du philosophe indien et chargée de rassembler les fonds et d’acheter les terrains d’Auroville, se dégradent. La SAS revendique en effet des droits de propriétés sur la ville. Les résidents se rebellent et vont jusqu’à l’affrontement physique avec les membres de la SAS et la police indienne. Certains habitants sont temporairement emprisonnés. Leur statut reste, aujourd’hui encore, fragile puisqu’ils ne disposent que d’un visa renouvellé régulièrement mais qui peut leur être retiré à tout instant.
En novembre 1980, le gouvernement indien prend en charge l’administration de la ville en déniant le caractère religieux du projet. Mais il faut attendre 1988 et la loi de Fondation d’Auroville pour que la situation se stabilise. Depuis, le gouvernement indien dispose d’un représentant permanent dans la ville, le secrétaire de la Fondation. La comptabilité de la cité est auditée chaque année et présentée publiquement au parlement indien.


 Méditation et action

Sur le terrain, cette transformation se nourrit d’un subtile synergie entre méditation et action. Au centre d’Auroville, le Matrimandir, immense contruction en forme de sphère dont le sommet et la base sont applaties, renferme la salle de méditation où les aurovilliens viennent se concentrer dans une ambiance de science fiction. Silence total, atmosphère réfrigérée, décor immaculé et abstrait autour d’une sphère de verre éclairée verticalement par le soleil et de 12 colonnes de marbre blanc dont le sommet n’atteint pas la voute sphérique. A l’extérieur, marteau-piqueur et perceuses poursuivent les travaux de ce temple futuriste qui doit être entièrement recouvert de feuilles d’or. Pas de culte ni la moindre représentation figurative de Sri Aurobindo ou de la Mère en dehors de leurs symboles géométriques.
Non loin, une autre sphère pointe vers le soleil. C’est celle de la cuisine solaire dont Gilles Guigan achève la construction. La calotte sphérique en ferrociment de 15 mètres de diamètre d’ouverture inclinée de 12° vers le sud sera couverte de 10.500 miroirs. Les rayons seront ainsi focalisés sur un cylindre actionné par un système de poursuite du soleil. Ce récepteur contient un fluide caloporteur dont la température sera portée à 300°C. La puissance calorifique permettra de cuire deux repas quotidiens pour 1.000 personnes. Une chaudière au mazout prend automatiquement le relai en cas d’ensoleillement insuffisant. Le chantier, débuté en septembre 1994, doit s’achever à la fin de l’année. Il constitue l’un des plus importants projets en cours à Auroville dont le budget de 11 millions de roupies (1,6 million de francs) est financé à hauteur de 25 % par le gouvernement indien et pour le reste par les dons des aurovilliens. Gilles Guigan doit encore trouver 150.000 francs pour terminer les travaux. La ville ne dispose pas de fonds d’investissement ce qui contraint les promoteurs de chaque projet à rassembler subventions et donations. Le gouvernement indien constitue le principal mécène. Il faut dire qu’Auroville dispose d’un statut très particulier qui en fait un sorte d’organisation non gouvermentale (ONG) alors qu’elle dépend directement de l’Etat indien.



Le pouvoir de l'argent
  Pour ses dépenses de fonctionnement courant, Auroville est aujourd’hui autonome. Son budget mensuel atteint environ 3 millions de roupies (500.000 francs) dont 30 % est apporté par l’activité commerciale de 35 unités de travail. Le reste provient d’un système assez complexe de contributions diverses provenant essentiellement des auroviliens eux-mêmes et des visiteurs. Les recettes sont utilisées par une quarantaine de services. Parmi les plus coûteux, on trouve la clinique dentaire, le centre de recherche international sur l’éducation (Saiier), le Matrimandir ou l’entretien de la forêt et des maisons.

Les Aurovilliens qui travaillent dans une vingtaine de ces services recoivent un salaire appellé « maintenance » qui varie selon leurs besoins (situation familiale, problèmes personnels...) entre un minimum de 2.500 roupies par mois (370 francs), et environ 10.000 roupies (1.500 francs). Ces rémunérations représentent près de la moitié des dépenses. Un fond spécial se charge des malades, des instables et des personnes agées. Entre les Aurovilliens, l’argent ne circule pas sous forme de monnaie. Chaque habitant dispose d’un numéro de compte qu’il fournit pour régler ses dépenses dont la gestion est entièrement informatisée. A l’origine, l’argent ne devait pas exister dans l’enceinte de la ville. Dès 1965, la Mère écrivait : « Auroville n’aura de relations avec l’argent que pour ses échanges avec le monde extérieur ». Les pionniers ont tenté d’appliquer ce principe à la lettre.
Croquette, alias Jean Laroquette, un comédien français qui a vécu vingt ans à Auroville à partir de 1976, raconte les échecs successifs de cette entreprise. « Dans un premier temps, la nourriture a été répartie de façon égalitaire entre tous les habitants. Rapidement, certains se sont plaints de ce régime unique et ont voulu différencier leurs menus. D’où une seconde tentative où chacun choisissait ce dont il avait besoin dans le magasin de la ville. Les ressources s’épuisèrent bien avant d’avoir satisfait tout le monde. D’où le régime actuel qui ressemble assez à celui de la carte bancaire... ».
Faute d’avoir vaincu l’argent lui même, les aurovilliens espèrent s’affranchir de son pouvoir. Là encore, il reste un long chemin à parcourir. Néanmoins, il faut inscrire dans les réussites d’Auroville la suppression de la propriété privée. Après leur année probatoire, les nouveaux arrivants, les Newcomers (au nombre de 150 en ce moment), peuvent construire une maison sur l’un des terrains de la ville. Ils versent 10% de leur dépenses dans un fond commun destiné à financer le logement des plus démunis. Mais chacun reste libre d’investir en fonction de ses moyens, ce qui introduit de fortes disparitités de confort entre les habitants. En cas de départ, les aurovilliens perdent tout droit sur la maison qu’ils ont bâtie. Pas question de la vendre ou de la louer. Elle est transmise aux enfants ou revient à la communauté qui en dispose pour y installer d’autres habitants moins fortunés.

 



Salaire et partage informel
  « Je ne suis que le gardien de cette maison », explique Carel Thieme, un hollandais de 47 ans installé depuis 12 ans à Auroville, ancien conseiller juridique chez Shell. Il reconnait que ce système peut sembler « injuste » pour ceux qui ont tout investi à leur arrivée et qui repartent les mains vides. Au cours des cinq dernières années, 226 aurovilliens ont définitivement abandonné la ville. Carel Thieme a longtemps participé à la gestion de la cité avant de prendre la direction du mensuel Auroville News. Il distingue trois catégories d’Aurovilliens : ceux qui disposent d’une source de revenus extérieure à la ville, ceux qui, à l’inverse, dépendent entièrement de la communauté et enfin ceux qui subviennent à leurs besoins grâce à l'activité commerciale qu'ils ont créée au sein d'Auroville. Ces derniers doivent verser 33 % de leurs bénéfices au fonds commun. Mais aucun moyen coercitif n’existe pour garantir le règlement de cet impôt. En cas de problèmes, la persuasion par la discussion et une certaine pression collective constituent les seuls recours...

«Il existe toutes sortes de personnes ici, constate Carel Thieme, et certains se laissent vivre ». En revanche, le système fait largement appel au « partage informel », véritable économie invisible d’Auroville. L’une des communautés, Dana, a ainsi créé son propre système de retraite. Par ailleurs, lorsqu’un Aurovillien sans moyens financiers doit remplacer sa Moped, la motocyclette locale, deux semaines suffisent pour rassembler les fonds nécessaires auprès des autres habitants. S’il atténue les inégalités, ce principe contraint les plus pauvres à quémander une aide auprès des plus fortunés. Mais il induit aussi une grande tolérance de la collectivité vis à vis des problèmes personnels.
Paul, le responsable de la fabrique d’encens Maroma, a cessé de travailler pendant deux ans. La communauté a subvenu à ses besoins. Aujourd’hui, Maroma reverse au fonds central la plus forte contribution de l’ensemble des unités de travail avec 350.000 roupies (environ 50.000 francs) par mois. Shradhanjali, une autreunité de travail, exploite le collage sur papier de plantes et de fleurs séchées. Elle a été créée par Abha, un indienne dimplomée de psychologie qui vit aujourd'hui avec un français, Claude. L'entreprise se développe lentement car elle souffre de sa petite taille et de son incapacité à suivre les modes occidentales.


Intégration ou néocolonisation ?

Si elles restent au stade artisanal, les unités de travail révèlent l’un des aspects les plus contreversés de l’économie et du mode de vie des Aurovilliens. Ces derniers font en effet largement appel à la main d’oeuvre locale des Tamouls vivants dans les 10 villages environnants pour effectuer la quasi totalité du travail manuel. Ils sont entre 3.000 et 3.500, soit plus du triple du nombre d’Aurovilliens adultes, à travailler dans les ateliers de la ville. De plus, toutes les maisons sont entretenues par des Tamouls qui assurent les tâches ménagères. Il faut se rendre à la cuisine solaire pour trouver quelques Aurovilliens qui mettent la main à la pâte pour servir les plats. Mais ce sont des Tamouls qui font la vaisselle. Les résidants se chargent de l’administration, des services, comme l’enseignement dans les écoles, et de la direction des unités de travail.
Sans les autochtones, pas de construction de maisons et de routes, ni pas de production artisanale. Toute l’économie d’Auroville ne tient que grâce à cette répartition des tâches et par le très faible coût de la main d’oeuvre locale. Le salaire d’un maçon ne dépasse pas 85 roupies (13 francs) par jour...
La question de leur relation avec les Tamouls agace passablement les Aurovilliens. Ils se défendent des soupçons de néocolonialisme en mettant en avant tous les avantages qu’apportent la ville à la population locale. D’abord du travail pour des villageois qui en manque souvent dans une région peu industrialisée. La population des villages les plus proches serait ainsi passée de 5.000 à 35.000 habitants en trente ans. Carel Thieme estime que la cité donne du travail à 80% de ses voisins Tamouls. Ces derniers bénéficient ainsi de revenus réguliers qui font progresser leur niveau de vie. Les Aurovilliens favorisent également les transferts de technologie de construction des maisons. Ils accueillent des enfants tamouls dans leurs écoles.
Néanmoins, l'emploi systématique dans les maisons aurovilliennes de serviteurs, aussi bien traités soient-ils, laissent planer un léger parfum néocolonial. Bien sûr, les résidants font valoir que quelque quelque 260 Tamouls des villages auraient obtenu le statut d’Aurovilliens. Mais cette intégration crée un autre problème. Les immigrés les moins fortunés se plaignent du niveau de vie élévé que le revenu minimum d'Auroville apporte aux Tamouls quand eux-mêmes manquent souvent du confort élémentaire auquel ils étaient habitués en Occident.


La fidélité des pionniers
 Les contradictions n’émeuvent guère les Aurovilliens pour qui elles sont monnaie courante. A coté de ceux qui confondent la ville avec un camp de vacances ou une villégiature dorée, on trouve encore des puristes qui parcourent le chemin douloureux des pionniers de la première heure. Krishna, un anglais d’une trentaine d’année, s’est installé sur un terrain désertique pour construire sa hutte au mur de terre et au toit de palme. Le sourire éclatant malgré sa peau rougie par le soleil, il vit avec les tamouls depuis janvier 1996, plante des arbres et cultive un champ.

Plus loin, Charley traie lui-même ses vaches. Cet Américain est arrivé de New-York en 1970, à 18 ans. Fermier et cultivateur, il a élevé jusqu’à 40 vaches et se contente aujourd’hui de 13 animaux, veaux inclus. Outre un poulailler pour la production d’oeufs, il cultive des papaillers, des manguiers et des casurinas, ces arbres à pousse rapide et troncs droits utilisés pour la construction et les échafaudages. La traite de ses vaches, à l’allure de top models pour concours de comices agricoles, relève de la cérémonie. Charley habite dans la même maison, une hutte à deux étages, depuis 1975. Sa peau de roux brulée par le soleil et son corps décharné, témoigne de la rigueur de la vie paysanne à Auroville. Il semble peu probable qu’il quitte un jour sa ferme.
Nadaka semble plus attiré par l'Occident. Ce musicien d'origine québécoise avait 16 ans , en 1974, lorsqu'il est arrivé à Auroville... à pied. Parti du Canada en bateau, il parvient en France avant de "faire la route" jusqu'en Inde via l'Afganistan. Il connaît alors les tout débuts d'Auroville, lorsque "tout était à faire" et que la spiritualité inspirée par la Mère habitait tous les pionniers. Dans sa maison de rêve, au bord d'une pièce d'eau, il compose avec l'assistance d'un ordinateur et réalise des disques compacts dans le style worldmusic planante grâce au concours d'un voisin peneur de son. A quarante ans, sans donner de signes de lassitude, il ne cache pas son désir de sortir des limites de la ville pour faire connaître sa musique dans le reste du monde. D'où ses démarches en Europe pour trouver producteurs et distributeurs pour ses prochains disques. Une affaire d'équilibre entre les règles de l'économie capitaliste et la spiritualité qui continue à inspirer sa musique.


Les doutes de la nouvelle génération  

S'il n'ont pas encore construit de ville, les Aurovilliens ont déjà réussi le pari écologique de transformer un plateau de latérite rouge raviné par les moussons en une forêt riche de millions d'arbres où se mèlent acacias, banians, flamboyants, frangipaniers ainsi que de multiples variétés d'ibiscus et de bougainvilliers. Leurs recherches sur les essences disparues font autorité dans l'Inde entière et leurs experts participent à des missions de reboisement d'autres régions.
Le système éducatif fait également partie des acquis indéniables. Les enfants apprennent le tamoul, le français, l'anglais et, depuis peu, l'allemand dès le primaire. Les écoles, une dizaine en tout, sont constituées de petits bâtiments en pleine nature ne contenant souvent qu'une seule salle de classe d'une vingtaine d'élèves. L'informatique multimédia est enseignée dès le plus jeune âge et les enfants jouissent, à leur sortie de l'école, d'une autonomie, d'une liberté de mouvement et d'activités sportives impensables en Occident. Mauricette et son mari, d'origines suisses, ne sont pas certains de rester ici définitivement. En revanche, jusqu'aux 15 ans de leur fils, la question ne se pose pas.
Kripa (la « grâce divine » en sanscrit) a 24 ans. L’âge qu’avait son père lorsqu’il est arrivé à Auroville en 1969. Sa mère avait alors 19 ans. En 1990, cette dernière part vivre en Suisse. Son père reste. A 16 ans, Kripa va poursuivre ses études en France, au lycée Baudelaire de Cran-Gevrier, au dessus d’Annecy. Les débuts sont difficiles. « Quand je suis arrivée, je souriais à tout le monde et personne ne souriait », raconte-t-elle. « J’avais l’impression d’être une extraterrestre ». Après un bac avec option théatre, elle suit à Paris une école pour devenir éducatrice spécialisée d’enfants handicapés ou ayant des difficultés d’intégration sociale. «Pendant les sept années que j’ai passées en France, ma vie me plaisait. Je n’ai rien contre la société française. Mais je devais me situer entre la France, l’Inde, la Suisse et Auroville », explique Kripa qui est revenue dans sa ville natale en mai 1998. Adulte, elle expérimente une nouvelle vie aurovillienne. « Je voulais travailler ici ». Un crise de pouvoir, qui se traduit par une carence de candidatures, la propulse au Working Committee, l’organe administratif qui gère les relations extérieures. Une place de choix pour participer à la vie sociale de la cité. Et mesurer la complexité des problèmes quotidiens de la ville.


La fragilité de l'ouverture sur le monde 

L’exemple de Kripa illustre l’ouverture d’Auroville sur le monde. Sur Internet, des centaines de pages décrivent déjà l’expérience et les Aurovilliens sont reliés entre eux par 400 postes de messagerie électronique. Théo, ingénieur mécanicien allemand arrivé en 1985, est responsable du réseau Auronet et vient d’inaugurer les premières liaisons Internet de la ville. Ce refus du confinement explique sans doute la facilité avec laquelle les enfants d’Auroville s’adaptent à la vie occidentale. Il met egalement la cité en danger permanent de dispersion de ses habitants. Certains, comme Croquette et sa compagne, l’écrivain Yanne Dimay, vivent en France et ne passent que 3 mois par an dans la ville. Leurs deux enfants, élévés à Auroville, ne reviennent que pour les vacances.
Auroville sera-t-elle le lieu de naissance de l’être supramental annoncé par Sri Aurobindo ? L’homme a-t-il le pouvoir d’accélerer sa propre évolution ? Les Aurovilliens doivent se battre sur deux fronts : réaliser leur propre mutation tout en construisant l’embryon d'une société où l’homme nouveau pourra s'épanouir. Cette fusion du spirituel, du matériel et du social constitue sans doute la plus grande originalité de leur démarche. La difficulté de l’entreprise explique en partie la lente progression du nombre des Aurovilliens.
Au rythme actuel, la ville mettra plusieurs siècles pour atteindre l’objectif fixé par la Mère. Qu’importe. Les pionniers témoignent de résultats réels. Outre une énergie indiéniable, Croquette assure avoir vaincu la peur qui limite la capacité d’entreprendre de tant d’Occidentaux. Les Aurovilliens ne perdent pas le bien-être acquis ici lorsqu'ils décident de vivre ailleurs. Une liberté qui risque de hâter la dissolution de la ville. Trop rapide, ce phénomène occulterait les chances de dissémination d'un nombre suffisant d' « hommes nouveaux » sur la planète. La fragilité même d’Auroville donne une valeur particulière à l'utopie qu’elle poursuit, contre vents et marées.


 

reference texte ici : link

 




temoignages des jeunes voyageurs en 2008

 

Juan

 


et Loren


http://www.auroville.org/education.htm
http://www.auroville.org/education.htm
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